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Présentation

 Jacques Janvier Rop's Okoué Edou, né le 17 janvier 1971 à Libreville, est originaire de Nsimi à Bitam (Nord du Gabon).
Spécialiste en Economie et Finance Internationales, il est    titulaire d'un Doctorat Nouveau Régime ès Sciences Economiques de l'Université Montesquieu (Bordeaux IV) depuis juin 2005. Il a, à son actif, de nombreux articles et conférences. Après son premier ouvrage intitulé " Pourquoi la dévaluation du franc CFA était-elle vouée à l'échec au Gabon ? " et publié en janvier 2007 à l'Harmattan, il prépare actuellement un opuscule relatif à l'intégration économique et monétaire africaine. Il est membre de l'Union du Peuple Gabonais (UPG) depuis juin 2002. Il  a été, à l'Université de la Rochelle (France), chargé de cours et de travaux dirigés en micro et macroéconomie, économie monétaire et financière, théorie des contrats, organisations et stratégies des firmes, finance internationale, commerce international (département d'économie) et en économie des biens publics et collectifs (département de droit). Il vient d'être recruté comme chargé de cours à l'Université de Rimouski (Canada) et est membre de l'Association des économistes québécois. Par ailleurs, il prépare un DESS en Administration des Affaires à l'Université de Laval (Canada).











Mon blog a pour objectif d'exposer mes réflexions sur les problèmes politiques, économiques, sociaux et culturels du Gabon, mon cher pays. Il vise à informer, dans différents domaines, le peuple gabonais sur la situation réelle de leur pays. J'espère, par les nombreuses publications qui y seront mises en ligne, contribuer à la mise du Gabon sur le sentier du développement économique, politique et social. Ainsi, au-delà des critiques sur la mauvaise gouvernance structurelle de ce pays, mes articles vont toujours, après analyse scientifique du problème évoqué, contenir des propositions de solutions, des thérapies adressées aux autorités publiques gabonaises. Aussi, si ces mesures thérapeutiques préconisées étaient par hasard appliquées sur le terrain par les pouvoirs publics, mon blog aura ainsi rempli son objectif primordial, celui de faire progressivement de mon cher Gabon, un pays meilleur.

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ET SI LES NEGROS REFUSAIENT LA DECOLONISATION OU L'INDEPENDANCE? | 11 août 2007

CES NEGROS QUI NE VEULENT PAS GRANDIR. ON CONTINUE, DEPUIS 40 ANS, A DEMEURER SOUS LA DEPENDANCE INTELLECTUELLE, MONETAIRE, MILITAIRE, ECONOMIQUE ET POLITIQUE D'UNE FRANCE PARASITE ET XENOPHOBE VIA DES INSTITUTIONS COLONIALISTES ET FUTILES TELLES QUE LE CAMES (INSTITUTION SERVANT A RECOMPENSER LES INTELLECTUELS AFRICAINS DE SERVICE), LA ZONE FRANC (BCEAO, BEAC, FRANC CFA DEVANT ETRE PROGRESSIVEMENT REDUIT A UNE MONNAIE DE SINGE, COMPTE COMMUN D'OPERATIONS DOMICILIE AU TRESOR PUBLIC FRANÇAIS SUR LEQUEL CHAQUE ETAT NEGRO-AFRICAIN EST TENU DE VERSER 65% DE SES AVOIRS EXTERIEURS), LE 6e BIMA...

AH! PAUVRE AFRIQUE BRADEE PAR SES INDIGNES FILS ET FILLES COMME EN TEMOIGNE CETTE DEPECHE DE L'AFP. 

Un général à la tête des Forces françaises au Gabon (FFG)
 

LIBREVILLE, 7 août 2007 (AFP)

Le général Claude Réglat a pris la tête des Forces françaises au Gabon (FFG) qui remplacent les Troupes françaises au Gabon (TFG) dans le cadre de la réorganisation du dispositif militaire de la France en Afrique, a-t-on appris auprès de l'armée française à Libreville.
Dans le nouveau dispositif, Libreville devient, avec Dakar, Djibouti et l'île française de la Réunion, une des quatre bases dirigées par un état-major interarmées régional et commandées par un général.
Chacune d'elles aura compétence sur une zone correspondant à une institution sous régionale africaine, en l'espèce la Communauté économique des Etats de l'Afrique centrale (CEEAC) pour Libreville.
Par ailleurs, le lieutenant-colonel Benoît Clément a pris le commandement du 6e Bataillon d'infanterie de marine (6e BIMa) en remplacement du colonel Frédéric Hingray, qui commandait jusqu'ici également les TFG.
La CEEAC compte dix Etats membres: Angola, Cameroun, Congo, Gabon, Centrafrique, Guinée équatoriale, Burundi, République démocratique du Congo, Tchad et Sao Tomé et Principe.
Dakar aura compétence sur la zone Cédéao (Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest), Djibouti sur la zone Igad (Autorité intergouvernementale de développement, regroupant six pays d'Afrique de l'Est) et la Réunion sur la zone SADC (Communauté des Etats de l'Afrique australe).
Deux points d'appui sont maintenus à Abidjan et N'Djamena.
Ni les effectifs militaires français en Afrique, et notamment au Gabon où sont déployés environ 800 soldats, ni leurs missions ne seront modifiés par cette réorganisation, selon l'armée française. Quelque 11.000 soldats français sont actuellement déployés en Afrique.

Publié par okouetch à 11:58:23 dans Pour un Gabon meilleur! | Commentaires (0) |

L'IGNORANT NABOLEON AVAIT DECLARE QUE LA FRANCE N'AVAIT PAS BESOIN DE L'AFRIQUE. MAIS, OÚ SE TROUVE LE NIGER?. AH!, LA BETISE HUMAINE, QUAND TU TIENS NABOLEON | 09 août 2007

SARKOZY, KHADAFI, L'URANIUM ET LE NIGER 

Article de Théophile Kouamouo in AgoraVox, 06 août 2007

Depuis quelques mois, le Niger, un des plus pauvres pays du monde - qui est pourtant le troisième producteur mondial d'uranium - est aux prises avec une rébellion régionaliste touarègue. Le gouvernement de Mamadou Tandja accuse Kadhafi et la firme française Areva d'instrumentaliser les insurgés. Plongée dans une crise bien plus stratégique qu'il n'y paraît à première vue. 

Quand on évoque le Niger, vaste pays désertique situé à la lisière entre l'Afrique de l'Ouest et l'Afrique du Nord, quelques clichés s'entrechoquent dans les esprits étrangers. Selon l'endroit où l'on se trouve et nos centres d'intérêts, l'on pense instinctivement à certaines étapes du Paris-Dakar, au cheptel qui fournit lait et viande à de nombreux Ouest-Africains, aux images de gamins décharnés victimes de la famine certaines années, aux Touaregs, «hommes bleus» mystérieux vivant dans les sables, qui ont fasciné les explorateurs et inspirent aujourd'hui poètes et rédacteurs de guides touristiques.

Ils sont peu nombreux, ceux qui évoquent d'emblée l'uranium, matière première incontournable de l'industrie nucléaire, dont le Niger est pourtant le troisième producteur au monde. Ils sont tout encore moins nombreux à penser «pétrole» quand ils pensent «Niger».
Pourtant, selon des sources bien informées, des documents cartographiques de compagnies pétrolières occidentales mentionnent, depuis de nombreuses décennies, de très gros gisements de pétrole dans un Niger septentrional dont l'enclavement a sans doute constitué, par le passé, un handicap difficile à surmonter.
C'est justement dans ce nord du Niger à la richesse minéralière indiscutable qu'une rébellion dénommée Mouvement des nigériens pour la justice (MNJ) s'est déclenchée en février 2007. Le MNJ, comme les autres mouvements rebelles qui se sont signalés au Niger depuis le début des années 1990, affirme défendre la cause des nomades touaregs, qui seraient persécutés par les gouvernements « sudistes » successifs.
Il faut préciser que le Niger est généralement considéré en Afrique comme une démocratie en voie de consolidation, où les scrutins électoraux se déroulent relativement bien, et où la liberté de la presse est globalement respectée - même si, à juste titre, des voix au sein de la société civile et de l'opposition contestent des choix de gouvernance et la corruption des élites. 

Qui se cache derrière le MNJ ? En tout cas, depuis plusieurs mois, les relations diplomatiques, entre d'une part le Niger et d'autre part la France et la Libye, sont mises à mal. Niamey accuse, à mots plus ou moins voilés, la firme française de nucléaire Areva et le guide de la révolution libyenne, Muammar Kadhafi, d'appuyer le MNJ. 

Pourquoi Niamey accuse Areva et Kadhafi 

Le réquisitoire de Niamey se fonde sur un certain nombre de chefs d'accusation. Areva aurait financé le MNJ par un certain nombre de moyens. Ainsi, des documents bancaires, publiés par le journal La Hache nouvelle prouveraient que la multinationale française a viré sur le compte d'un commandant de peloton des forces nigériennes dans le Nord - qui allait rejoindre le MNJ quelques semaines plus tard - une somme de 57 330 702 FCFA (environ 80 000 euros).
Par ailleurs, les autorités nigériennes accusent des agents d'Areva d'avoir fait preuve de complicité dans le «vol», par les rebelles, de véhicules tout-terrain et d'argent, lors d'une attaque sur le site minier d'Imouraren - toujours dans le nord du pays. De plus, le MNJ demande le départ de «sa» zone de toutes les compagnies d'exploration à l'exception... d'Areva.
Le gouvernement nigérien a déjà expulsé deux responsables de la compagnie française. Gérard Denamur, responsable chargé de la sécurité à Imouraren, et Dominique Pin, directeur général d'Areva Niger. Pour la petite histoire, Dominique Pin, qui a quitté la diplomatie française début 2007, était le n° 2 de l'ambassade de France en Côte-d'Ivoire lors du déclenchement de la rébellion dans ce pays. C'est chez lui que résidait l'opposant Alassane Ouattara - accusé d'être l'inspirateur de cette rébellion par le camp présidentiel - durant les premières semaines de la crise... 

Au Niger comme en Côte-d'Ivoire, la couverture de la crise par Radio France internationale irrite les dirigeants, qui ont interrompu sa diffusion en FM dans le pays. 

La presse progouvernementale nigérienne ne porte pas de gants pour accuser Muammar Kadhafi. C'est que la Libye revendique depuis quelques mois 30 000 km2 de territoire nigérien (des km2 très riches en pétrole et en uranium). De plus, le leader libyen s'est fait proclamer en avril 2007 «leader des sultans touaregs». Le tambour du grand sultan, symbole de pouvoir absolu chez les touaregs, lui a été remis. Quand en plus Ibrahim Bahanga, un chef rebelle touareg du Mali un peu trop bavard, évoque des liens étroits entre les insurgés des deux pays, qui date d'entraînements militaires en Libye - vieux, il est vrai, de vingt ans -, la coupe semble pleine. 

Vue de Niamey, la nouvelle idylle entre Nicolas Sarkozy et Muammar Kadhafi apparaît forcément troublante. Ainsi du rapprochement stratégique entre Paris et Tripoli dans le domaine du nucléaire : la France va vendre à la Libye des technologies qui lui permettront d'acquérir un réacteur nucléaire à «usage civil».
Nicolas Sarkozy a évoqué «la recherche avec les Libyens pour savoir s'il y a des ressources en uranium en Libye». «On en a trouvé au Niger. Le contexte géologique est le même. Areva a besoin d'uranium», a-t-il ajouté, estimant les stocks d'uranium libyens actuels à plus de 1 600 tonnes. S'il ne trouve pas assez d'uranium en Libye pour faire tourner les futures centrales de Kadhafi, le tandem franco-libyen ne serait-il pas tenté d'aller se servir dans un Niger plus ou moins annexé par son riche voisin ? 

C'est que la polémique entre Areva et le Niger n'est pas circonstanciée. Elle est aussi vieille que l'Etat nigérien lui-même. Elle est centrée autour d'une question : quel doit être le mode de partage des revenus tirés du yellowcake extrait de ce pays sahélien ? 

Le pacte colonial au cœur de la crise franco-nigérienne 

Nicolas Sarkozy avait affirmé au cours de sa campagne électorale que la France n'avait pas économiquement besoin de l'Afrique. La question nigérienne met pourtant en lumière les énormes intérêts stratégiques de Paris dans son pré carré. 

Tout remonte au 24 avril 1961, un an après les indépendances de nombreux pays francophones d'Afrique subsaharienne. A Paris, quatre hommes signent un accord de défense. Il s'agit de Michel Debré (qui représente la République française), de Félix Houphouët-Boigny (président de la Côte-d'Ivoire), de Hubert Maga (président du Bénin, alors appelé Dahomey) et de Hamani Diori (président de la République du Niger). En annexe de cet accord, quelques phrases d'une importance capitale. 

«Afin de garantir leurs intérêts mutuels en matière de Défense, les parties contractantes décident de coopérer dans le domaine des matériaux de Défense dans les conditions définies ci-après : 
Article 1 : Les matières premières et produits classés stratégiques comprennent :
Première catégorie : les hydrocarbures liquides ou gazeux ;
Deuxième catégorie : l'uranium, le thorium, le lithium, le béryllium, leurs minerais et composés. 
Cette liste pourra être modifiée d'un commun accord, compte tenu des circonstances. 
Article 2 : La République française informe régulièrement la République de Côte-d'Ivoire, la République du Dahomey et la République du Niger de la politique qu'elle est appelée à suivre en ce qui concerne les matières premières et produits stratégiques, compte tenu des besoins généraux de la Défense, de l'évolution des ressources et la situation du marché mondial. 
Article 3 : La République de Côte-d'Ivoire, la République du Dahomey et la République du Niger informent la République française de la politique qu'elles sont appelées à suivre en ce qui concerne les matières premières et produits stratégiques et des mesures qu'elles se proposent de prendre pour l'exécution de cette politique. 
Article 4 : La République française est tenue informée des programmes et projets concernant l'exportation hors du territoire de la République de Côte-d'Ivoire, de la République du Dahomey et de la République du Niger des matières premières et des produits stratégiques de deuxième catégorie énumérés à l'article premier. En ce qui concerne ces mêmes matières et produits, la République de Côte-d'Ivoire, la République du Dahomey et de la République du Niger, pour les besoins de la Défense, réservent par priorité leur vente à la République française après satisfaction des besoins de leur consommation intérieure, et s'approvisionnent par priorité auprès d'elle.» 

Selon ce texte, avant de décider de quoi que ce soit dès qu'il s'agit d'exploitation du pétrole, du gaz, de l'uranium et d'autres matières premières stratégiques, ces trois pays africains doivent informer l'ancien colonisateur, à qui ils réservent par priorité les ressources de leur sous-sol. 

Ce contrat d'exclusivité relative a souvent été considéré comme la contrepartie du soutien militaire français aux régimes politiques installés après l'indépendance. Pourtant, l'accord de défense ne donne aucune obligation explicite à la France en cas d'agression intérieure ou extérieure des Etats africains co-contractants.
Ainsi, l'Ivoirien Félix Houphouët-Boigny a bénéficié, durant son long règne, de la protection des troupes françaises tandis que le Nigérien Hamani Diori a été renversé par un putsch en 1974. A la base, une famine dans le pays qui attise les mécontentements, et une «crise de l'uranium». Face aux besoins de son pays, Hamani Diori demande une contrepartie plus élevée à la France... qui se braque. «En 1969, la France propose d'enlever l'uranium uniquement à prix fixe, au titre d'une aide au développement. Une compensation d'un milliard de F CFA (20 millions de FF) est attribuée au Niger. Le président Hamani Diori se rendant compte tardivement de la duperie, demande une association entre les deux (2) pays. Le CEA et la COGEMA sont en désaccord. La Société des mines de l'Aïr (SOMAIR) est constituée. Le CEA dit avoir sous-estimé les investissements et demande une participation de 5 000 actions au Niger qui refuse. Le Niger se rapproche de la France pour trouver un équivalent en pétrole pour fixer un prix plus juste : une (1) tonne d'uranium correspondrait à dix (10) mille tonnes de pétrole. Une demande de valorisation de l'indemnisation est refusée. La France fomente un coup d'Etat en 1974 qui renverse le président», raconte Serge Guero dans le Bulletin du réseau des organisations pour la transparence et l'analyse budgétaire (ROTAB) du Niger. Un récit qui rejoint celui fait par l'Américain Samuel Decalo dans un ouvrage de stratégie publié en mars 1978 et intitulé Coups and Army Rule in Africa : Studies in Military Style. 

Ce «péché originel» de la relation franco-nigérienne renforce forcément les suspicions. Quand la démocratisation arrive en 1990, le Niger, pays le plus pauvre de la planète, ne renégocie pas ses accords avec l'industrie nucléaire française. Mais la société civile est de plus en plus offensive. En 2001, elle accuse la Cogema de négliger les préoccupations écologiques et de nuire à la santé des mineurs et à l'environnement. Des accusations dont la pertinence a été confirmée par des enquêtes de la Commission française de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité et d'associations de la société civile en France. 

Mondialisation oblige, le Niger vient de libéraliser le marché de l'uranium. Le pays s'est ouvert à des firmes chinoises, au groupe australien Rio Tinto et à certains intérêts sud-africains. Le gouvernement nigérien s'est rapidement plaint de l'attitude peu coopérative d'Areva, qui refuserait de lui remettre la carte minière du pays. Areva, qui gère ses mines et ses usines sur place à travers deux filiales, la Somaïr - où le groupe français est majoritaire à plus de 63 % -, et la Cominak - où il détient 34 % du capital, et cohabite avec l'Etat nigérien et des intérêts japonais et espagnols - estime de son côté avoir montré son sérieux, en promettant des investissements de plus de 700 milliards de F CFA (plus d'un milliard d'euros). Les couteaux s'aiguisent, dans un contexte où les cours de l'uranium ont été multipliés par dix depuis 2003 et où le Niger fournit à Areva la moitié de sa production d'uranium. 

Vers un conflit ouvert « à l'ivoirienne » ? 

Comment Paris et Niamey vont-ils gérer ce conflit larvé ? Des manifestations patriotiques dénonçant à la fois « l'impérialisme français» et «l'impérialisme libyen» se sont déroulées dans plusieurs villes du pays. Le président français, que l'on a connu plus offensif - voire agressif - temporise. Ainsi, à l'annonce de l'expulsion de Dominique Pin, Nicolas Sarkozy, qui se trouvait à Libreville, au Gabon, a annoncé qu'il prendrait une "initiative" dans "les jours qui viennent" pour régler le contentieux entre l'Etat nigérien et Areva. 

«Nous essayons de démêler les fils, de voir ce qu'il s'est exactement passé (...) Ce n'est pas la première crise que connaît le Niger. Je fais toute confiance aux autorités démocratiques du Niger pour surmonter cette crise (...) Je ne voudrais rien dire qui complique une situation qui l'est déjà suffisamment, le Niger étant un pays important pour nous, puisque ce sont les principaux producteurs d'uranium militaire, d'où la présence d'Areva sur place», a dit Nicolas Sarkozy. 

La presse nigérienne fait état, ces derniers jours, de tractations au sommet. Il est question d'une rencontre ce lundi 6 août entre Aïchatou Mindanaou, chef de la diplomatie nigérienne, et Bernard Kouchner, ministre français des Affaires étrangères. Il est encore possible d'éviter le type de guerre de nerfs qui a opposé Paris et Abidjan durant l'ère Chirac. 

Des leçons pour l'Histoire 

Les événements de ces dernières semaines au Niger constituent en tout cas un bon matériau de réflexion à la fois pour les dirigeants français et pour le leadership africain. En France, la perception de l'Afrique est très négative. On la voit par le prisme migratoire ou à travers la lucarne humanitaire. Pourtant, l'Afrique est stratégique et elle a les moyens aujourd'hui de faire monter les enchères. Si le président nigérien décide de rompre avec la France, cela aura des conséquences énormes pour le nucléaire français. Pendant toute la période post-indépendances, l'Afrique (grâce à son uranium et à son pétrole) a permis à Paris de garantir son indépendance énergétique et de faire des très grosses marges qui lui ont permis de se remettre des brûlures de la Seconde Guerre mondiale. Elle estime aujourd'hui avoir peu reçu en retour. Au lieu de faire de l'ethnologie facile, comme Nicolas Sarkozy à Dakar, il faut donc remettre à plat les anciens schémas de la «Coopération» en se disant de toute façon que, dans un climat concurrentiel, les Africains échangeront de plus en plus leurs fabuleuses richesses naturelles contre des technologies à forte valeur ajoutée, et non contre un soutien bien relatif à des dirigeants souvent discrédités. L'Inde, par exemple, l'a bien compris et ne fait qu'avancer sur le continent. 

Par ailleurs, les dirigeants africains doivent bien se convaincre que les rébellions sont à décourager, tout simplement parce qu'elles sont une arme que les nations riches instrumentalisent pour mieux affaiblir les Etats pauvres, et diminuer leur marge de manœuvre dans les négociations économiques. L'on se souvient que la diplomatie nigérienne s'était montrée bien empressée à l'idée d'imposer au président ivoirien Laurent Gbagbo des négociations avec ses rebelles à lui. Y a-t-il des bonnes rébellions (chez les voisins) et de mauvaises rébellions (chez soi) ? 
Plus que jamais, les dirigeants africains doivent se persuader que la démocratie et la gestion constitutionnelle des différends est une protection morale (toute petite soit-elle) contre les intérêts puissants qui ont intérêt à exacerber les contradictions du continent noir. Le Niger apparaît ainsi bien mieux prémuni contre des aventures ambiguës que le Soudan d'Omar El Béchir - quand bien même il est vrai que les pays occidentaux soutiennent, contre le droit international, les rebelles du Darfour.
 

Publié par okouetch à 03:37:07 dans Pour un Gabon meilleur! | Commentaires (0) |

UN TRES BEL ARTICLE D'HERVE GATTEGNO DU POINT REPRIS POUR VOUS | 06 août 2007

Paris-Tripoli : l'accord secret

26/07/2007 - Hervé Gattegno - © Le Point - N°1819

Pour convaincre Kadhafi, Nicolas Sarkozy a promis le soutien de la France à l'entrée de la Libye dans la zone CFA et la signature d'un accord de défense qui tourne la page de vingt années de relations marquées par le souvenir du terrorisme. Récit d'une négociation éprouvante.

« Allô, Claude, vous en êtes où ?
- Nous allons embarquer, monsieur le président.
- Vous êtes avec les infirmières ? Vous pouvez m'en passer une ? »

Il est 5 h 45, mardi 24 juillet. Sur le tarmac de l'aéroport de Tripoli, le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, tend son téléphone portable à Christiana, celle des cinq infirmières qui parle un peu l'anglais. Au bout du fil, elle entend Nicolas Sarkozy lui souhaiter la bienvenue à l'air libre, hors de l'enfer des geôles libyennes, où elle et ses codétenues ont passé les huit dernières années. « C'est le plus beau jour de ma vie ! » lui répond-elle.

L'échange ne dure que quelques secondes. Avant d'embarquer à bord de l'avion présidentiel français pour rentrer à Sofia, les passagères doivent encore passer leurs maigres balluchons sous le portique de contrôle des bagages, comme pour un vol ordinaire. Ultimes manifestations du formalisme libyen : hagardes, épuisées, les rescapées ne peuvent pas encore se sentir vraiment libres.

Quelques instants plus tôt, dans une petite salle de l'aérogare à la décoration spartiate, les officiels libyens leur ont fait signer le procès-verbal de remise aux autorités de leur pays, en présence de l'ambassadeur bulgare. A leur compagnon de captivité, médecin palestinien naturalisé bulgare, les fonctionnaires de Tripoli ont été jusqu'à demander de choisir par écrit sa destination, entre les deux pays... Ce n'est qu'une fois en vol que les six rescapés pourront souffler. Pendu au téléphone avec Guéant et avec Cécilia, son épouse, Nicolas Sarkozy a suivi en direct le décollage, avant d'être informé par eux que l'Airbus venait de quitter l'espace aérien libyen. « Cette fois, c'est bon » , a lâché, à cet instant, le chef de l'Etat.

La veille au soir, rien n'était encore définitivement joué. Reçus à 19 heures au siège du gouvernement de Tripoli par le colonel Kadhafi, les deux émissaires très spéciaux du président français, qu'accompagnait la commissaire européenne aux Relations extérieures, Benita Ferrero-Waldner, étaient sortis de son bureau « relativement optimistes » . Ils en avaient aussitôt fait part à l'Elysée. « La situation reste évanescente » , relativisait néanmoins Claude Guéant. Au cours des discussions, de vive voix ou par téléphone, le « Guide de la révolution », ainsi qu'on l'appelle à Tripoli, se montrait tel qu'en lui-même : « impénétrable, toujours prêt à se lancer dans de longues tirades visionnaires qu'il ne faut surtout pas interrompre » , témoignera plus tard l'un des participants. Tard dans la nuit, alors que les émissaires français faisaient les cent pas à l'hôtel Corinthia, entourés d'officiels libyens - dont plusieurs ministres et l'influent chef du protocole de Kadhafi, Nuri Mismari -, c'est encore par un coup de téléphone que la situation s'est débloquée : un appel de l'émir du Qatar au leader libyen, qui mettait fin à deux jours d'incertitude sur le règlement financier qui entravait depuis si longtemps le dénouement de l'affaire des infirmières.

Dans l'ombre des tractations diplomatiques, c'est en effet la question de l'indemnisation des victimes de l'hôpital de Benghazi qui retardait encore, lundi, l'extradition des prisonnières. Et pour cause : les Libyens attendaient que la Caisse spéciale de Benghazi, créée en 2005 sous l'égide de l'Union européenne, mette la somme promise (environ 400 millions de dollars, soit 290 millions d'euros) à la disposition effective des familles des enfants contaminés par le sida. Or la Caisse ne disposait, jusqu'à ces derniers jours, que d'à peine 130 millions d'euros.

D'où l'intervention de l'émir du Qatar, directement sollicité par Nicolas Sarkozy avant d'entrer en relation avec le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso - ainsi que l'a confirmé au Point une source proche des négociations. Le souverain de ce micro-Etat du golfe Persique, qui s'était affiché au côté du président français lors du défilé du 14 Juillet, a apporté la garantie de son pays, riche de ses pétrodollars, au déblocage des sommes par la Banque centrale libyenne.

La Fondation Kadhafi, dirigée par l'un des fils du colonel, a alors pu avancer les fonds nécessaires, que la Caisse et l'Union européenne devront théoriquement rembourser dans les années à venir grâce à des « contributions volontaires » venues de tous horizons, Etats ou organisations internationales - à moins que le Qatar ne se substitue à eux en faisant jouer sa garantie. Mardi matin, c'est sur le tarmac de l'aéroport que la commissaire européenne Benita Ferrero-Waldner a signé le « mémorandum » bardé de tampons qui fixe ces conditions, alors que les réacteurs de l'Airbus présidentiel commençaient à tourner...

Quelques heures plus tard, à Paris, dans la salle des fêtes de l'Elysée, Nicolas Sarkozy rendait un hommage insistant, lors d'une conférence de presse organisée dans l'urgence, à « la médiation extrêmement importante de l'émir du Qatar » . Ce dernier devrait aussi obtenir un remerciement plus concret : le feu vert du gouvernement français à l'entrée du fonds d'investissement qatarien dans le capital d'EADS. Un investissement que l'émirat propose depuis plusieurs mois, sur fond de rapprochement économique avec la France de plus en plus manifeste, qui s'est traduit, le mois dernier, par un juteux contrat de surveillance de ses frontières consenti au même groupe EADS, via l'une de ses filiales, pour 240 millions d'euros.

Mais la libération des captives comporte d'autres clauses secrètes, qui impliquent, à des degrés différents, l'Europe et la France. « La Libye a compris que par ce geste elle pouvait réintégrer le concert des nations » , déclarait, mardi, Nicolas Sarkozy. Cette normalisation annoncée des relations entre Paris et Tripoli devrait aboutir à la signature prochaine d'un accord de défense aux termes duquel la Libye disposera de la protection française en cas d'agression de son territoire.

Un protocole de « partenariat stratégique » mentionnant ce point avait été préparé depuis plusieurs semaines pour unir les deux pays, pacte hautement symbolique, destiné à tourner la page de vingt ans de relations marquées par le terrorisme et le souvenir de l'attentat contre le DC10 d'UTA, en 1989. « La Libye ayant renoncé aux armes de destruction massive lors de la guerre d'Irak, il était devenu envisageable d'en faire un partenaire à plein titre » , soulignait, mardi, un membre de l'entourage présidentiel.

Outre ses dispositions militaires, le document, soumis à la signature des deux chefs d'Etat au cours de la visite de Nicolas Sarkozy à Tripoli, mercredi 25 juillet, ouvre la voie à des coopérations industrielles incluant le nucléaire civil. Les Libyens souhaitent obtenir l'aide de la France afin d'ériger trois centrales nucléaires. Ce projet, qui pourrait intéresser les entreprises françaises Areva et Alstom, aurait aussi l'avantage d'inclure des équipements de désalinisation de l'eau de mer, destinés à favoriser l'agriculture libyenne.

A ces perspectives économiques s'en ajoutent enfin d'autres, plus politiques mais tout aussi spectaculaires : à Tripoli, Claude Guéant et Cécilia Sarkozy ont transmis au colonel Kadhafi la promesse présidentielle d'apporter le soutien officiel de la France à son projet d'« Union africaine », sorte de grande fédération continentale que le leader libyen entend substituer à la vieille Organisation de l'unité africaine (OUA). Le chef de l'Etat a en outre assuré à son homologue que la France appuierait également l'entrée de la Libye dans la zone monétaire CFA, à laquelle appartiennent la plupart des pays de l'Afrique francophone. Un autre geste fort qui contribuera à renforcer l'influence du colonel Kadhafi sur le continent africain.

Enfin, le leader libyen aura gagné, dans la résolution de l'embrouillamini des infirmières, un accord avec l'Union européenne (UE) qu'il se désespérait d'obtenir : il porte sur la création d'une zone franche dans le sud de son pays, destinée à retenir sur place les milliers d'immigrants clandestins tchadiens et nigériens qui y affluent sans cesse, dans l'espoir de gagner l'Europe, via l'Italie. Le milliard d'euros annuel d'aides versées par l'UE, actuellement disséminé entre les différents pays de la région et, dès lors, sans grande efficacité, pourrait être affecté à cet objectif, dont la réalisation constituerait un succès supplémentaire pour Kadhafi.

« Rien de tout cela n'était acquis , expliquait Claude Guéant à son retour, épuisé mais soulagé. La libération des infirmières n'était pas qu'un fruit bien mûr qu'il restait à cueillir. » Dans cette mission à haut risque, le secrétaire général de l'Elysée a définitivement gagné ses galons d'homme fort de la présidence, cumulant les attributions d'un bras droit et d'un sherpa, quand les ministres, les conseillers diplomatiques et le Quai d'Orsay tout entier ont été réduits à jouer les utilités.

De la part réellement prise dans les négociations par Cécilia Sarkozy, on ne saura rien, sinon qu'elle a pu s'entretenir une demi-heure en tête-à-tête avec le colonel Kadhafi, lundi soir, après un précédent rendez-vous lors de sa première visite à Tripoli, le 12 juillet. Mais sa présence au côté de Claude Guéant devait avant tout attester l'implication personnelle du président français dans la résolution du contentieux des infirmières.

« Kadhafi ne parle qu'aux chefs d'Etat » , avait confié à Nicolas Sarkozy l'un des conseillers officieux qui ont contribué à l'expédition élyséenne en Libye. Or le président a refusé, coûte que coûte, de confirmer sa venue à Tripoli tant que les prisonnières de Benghazi n'étaient pas rentrées en Bulgarie. Seule son épouse pouvait donner aux discussions franco-libyennes le lustre espéré par Kadhafi. Malgré ses réticences à jouer le rôle de « première dame », elle a accepté la mission. Tourmentée, observée, critiquée, Cécilia Sarkozy y a, elle aussi, enregistré un succès. A certains de ses proches elle a confié qu'elle se sentait parfois prisonnière à l'Elysée. La libération des infirmières bulgares annonce peut-être aussi la sienne.

Chronologie

19-2-1999 Annonce par Tripoli de l'arrestation des infirmières et du médecin palestinien.
7-2-2000 Ouverture du premier procès.
3-9-2003 Dépositions des professeurs Luc Montagnier et Vittorio Colizzi affirmant que la contamination résulte des conditions d'hygiène de l'hôpital.
6-5-2004 Condamnation à mort des accusés, qui font appel.
11-5-2006 Ouverture d'un nouveau procès après la création d'un fonds de compensation international pour les victimes.
19-12-2006 Confirmation de la peine capitale. Appel des accusés le 17-2-2007.
A partir du 10 juin 2007, négociations entre l'Union européenne et la Libye. Les émissaires européens se succèdent à Tripoli. Annonce par la Fondation Kadhafi d'un accord sur les compensations financières, mais confirmation des peines de mort par la Cour suprême le 11 juillet.
12 juillet Mission à Tripoli de Cécilia Sarkozy et Claude Guéant.
17 juillet Les familles reçoivent 1 million de dollars par victime. La peine de mort est commuée en prison à vie.
22 juillet Nouvelle démarche auprès du colonel Kadhafi de Cécilia Sarkozy, Claude Guéant et Benita Ferrero-Waldner, commissaire européenne.
24 juillet Libération et arrivée à Sofia des six prisonniers.

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ACHILLE MBEMBE, L'INTELLECTUEL AFRICAIN, REPOND A NABOLEON, L'AMI DES PILLEURS DE L'AFRIQUE ET PATRON DE LA FRANÇ-A-FRIC | 05 août 2007

L'Afrique de Nicolas Sarkozy

Par Achille Mbembe, Mercredi 1 août 2007

Lors de sa récente visite de travail en Afrique sub-saharienne, le président de la République française, Nicolas Sarkozy, a prononcé à Dakar un discours adressé à " l'élite de la jeunesse africaine ". Ce discours a profondément choqué une grande partie de ceux à qui il était destiné, ainsi que les milieux professionnels et l'intelligentsia africaine francophone. Viendrait-il à être traduit en anglais qu'il ne manquerait pas de causer des controverses bien plus soutenues compte tenu des traditions de nationalisme, de panafricanisme et d'afrocentrisme plus ancrées chez les Africains anglophones que chez les francophones. Achille Mbembe en fait, ici, une critique argumentée.

En auraient-ils eu l'opportunité, la majorité des Africains francophones aurait sans doute voté contre Nicolas Sarkozy lors des dernières élections présidentielles françaises. 

Ce n'est pas que son concurrent d'alors, et encore moins le parti socialiste, aient quoi que ce soit de convaincant à dire au sujet de l'Afrique, ou que leurs pratiques passées témoignent de quelque volonté que ce soit de refonte radicale des relations entre la France et ses ex-colonies. Le nouveau président français aurait tout simplement payé cher son traitement de l'immigration lorsqu'il était le ministre de l'intérieur de Jacques Chirac, ses collusions avec l'extrême droite raciste et son rôle dans le déclenchement des émeutes de 2005 dans les banlieues de France.

Pour sa première tournée en Afrique au sud du Sahara, il a donc atterri à Dakar précédé d'une très mauvaise réputation - celle d'un homme politique agité et dangereux, cynique et brutal, assoiffé de pouvoir, qui n'écoute point, dit tout et le double de tout, ne lésine pas sur les moyens et n'a, à l'égard de l'Afrique et des Africains, que condescendance et mépris. 

Mais ce n'était pas tout. Beaucoup étaient également prêts à l'écouter, intrigués sinon par l'intelligence politicienne, du moins la redoutable efficacité avec laquelle il gère sa victoire depuis son élection. Surpris par la nomination d'une Rachida Dati ou d'une Rama Yade au gouvernement (même si à l'époque coloniale il y avait plus de ministres d'origine africaine dans les cabinets de la république et les assemblées qu'aujourd'hui), ils voulaient savoir si, derrière la manœuvre, se profilait un grand dessein - une véritable reconnaissance, par la France, du caractère multiracial et cosmopolite de sa société. 

Il était donc attendu. Dire qu'il a déçu est une litote. Certes, le cartel des satrapes (d'Omar Bongo, Paul Biya et Sassou Nguesso à Idris Déby, Eyadéma Fils et les autres) se félicite de ce qui apparaît clairement comme le choix de la continuité dans la gestion de la " Françafrique " - ce système de corruption réciproque qui lie la France à ses affidés africains. 

Mais si l'on en juge par les réactions enregistrées ici et là, les éditoriaux, les courriers dans la presse, les interventions sur les chaînes de radios privées et les débats électroniques, une très grande partie de l'Afrique francophone - à commencer par la jeunesse à laquelle il s'est adressé - a trouvé ses propos franchement choquants. Et pour cause. Dans tous les rapports où l'une des parties n'est pas assez libre ni égale, le viol souvent commence par le langage - un langage qui, sous prétexte d'amitié, s'exempte de tout et s'auto-immunise tout en faisant porter tout le poids de la cruauté au plus faible. 

Régression 

Mais pour qui n'attend rien de la France, les propos tenus à l'université de Dakar sont fort révélateurs. En effet, le discours rédigé par Henri Guaino (conseiller spécial) et prononcé par Nicolas Sarkozy dans la capitale sénégalaise offre un excellent éclairage sur le pouvoir de nuisance - conscient ou inconscient, passif ou actif - qui, dans les dix prochaines années, pourrait découler du regard paternaliste et éculé que continuent de porter certaines des " nouvelles élites françaises " (de gauche comme de droite) sur un continent qui n'a cessé de faire l'expérience de radicales mutations au cours de la dernière moitié du XXe siècle notamment. 

Dans sa " franchise " et sa " sincérité ", Nicolas Sarkozy révèle au grand jour ce qui, jusqu'à présent, relevait du non-dit, à savoir qu'aussi bien dans la forme que dans le fond, l'armature intellectuelle qui sous-tend la politique africaine de la France date littéralement de la fin du XIXe siècle. Voici donc une politique qui, pour sa mise en cohérence, dépend d'un héritage intellectuel obsolète, vieux de près d'un siècle, malgré les rafistolages. 

Le discours de Nicolas Sarkozy à Dakar montre comment, enfermé dans une vision frivole et exotique du continent, les " nouvelles élites françaises " prétendent jeter un éclairage sur des réalités dont elles ont fait leur hantise et leur fantasme (la race), mais dont, à la vérité, elles ignorent tout. Ainsi, pour s'adresser à " l'élite de la jeunesse africaine ", Henri Guaino se contente de reprendre, presque mot à mot, des passages du chapitre consacré par Hegel à l'Afrique dans son ouvrage La raison dans l'histoire - et dont j'ai fait, récemment encore et après bien d'autres, une longue critique dans mon livre De la postcolonie (pp. 221-230). 

Selon Hegel en effet, l'Afrique est le pays de la substance immobile et du désordre éblouissant, joyeux et tragique de la création. Les nègres, tels nous les voyons aujourd'hui, tels ils ont toujours été. Dans l'immense énergie de l'arbitraire naturel qui les domine, ni le moment moral, ni les idées de liberté, de justice et de progrès n'ont aucune place ni statut particulier. Celui qui veut connaître les manifestations les plus épouvantables de la nature humaine peut les trouver en Afrique. Cette partie du monde n'a, à proprement parler, pas d'histoire. Ce que nous comprenons en somme sous le nom d'Afrique, c'est un monde anhistorique non développé, entièrement prisonnier de l'esprit naturel et dont la place se trouve encore au seuil de l'histoire universelle. 

Les " nouvelles élites françaises " ne sont pas convaincues d'autre chose. Elles partagent ce préjugé hégélien. Contrairement à la génération des " Papa-Commandant " (de Gaulle, Pompidou, Giscard d'Estaing, Mitterrand ou Chirac) qui épousait tacitement le même préjugé tout en évitant de heurter de front leurs interlocuteurs, les " nouvelles élites " de France estiment désormais que l'on ne peut rendre compte de sociétés aussi plongées dans la nuit de l'enfance qu'en s'exprimant sans frein, dans une sorte de vierge énergie. Et c'est bien ce qu'elles ont à l'idée lorsque, désormais, elles défendent tout haut l'idée d'une nation " décomplexée " par rapport à son histoire coloniale. 

À leurs yeux, on ne peut parler de l'Afrique qu'en suivant, en sens inverse, le chemin du sens et de la raison, peu importe que cela se fasse dans un cadre où chaque mot prononcé l'est dans un contexte d'ignorance. D'où la tendance à saturer les mots, à recourir à une sorte de pléthore verbale, à procéder par la suffocation des images - toutes choses qui octroient au discours de Nicolas Sarkozy à Dakar son caractère heurté, bégayant et abrupt. J'ai en effet beau faire la part des choses. Dans le long monologue de Dakar, je ne trouve d'invitation à l'échange et au dialogue que rhétorique. Derrière les mots se cachent surtout des injonctions, des prescriptions, des appels au silence, voire à la censure, une insupportable suffisance dont, je l'imagine, on ne peut faire preuve qu'à Dakar et à Libreville, et certainement pas à Pretoria ou à Luanda. 

Aux sources de l'ethnologie coloniale 

À côté de Hegel existe un deuxième fonds que recyclent sans complexe les " nouvelles élites françaises ". Il s'agit d'une somme de lieux communs formalisés par l'ethnologie coloniale vers la fin du XIXe siècle. C'est au prisme de cette ethnologie que se nourrit une grande partie du discours sur l'Afrique, voire une partie de l'exotisme qui constitue l'un des visages privilégiés du racisme à la française. Cet amas de préjugés, Lévy Brühl tenta d'en faire un système dans ses considérations sur " la mentalité primitive " ou encore " prélogique ". Dans un ensemble d'essais concernant les " sociétés inférieures " (Les fonctions mentales en 1910 ; puis La mentalité primitive en 1921), il s'acharnera à donner une caution pseudo-scientifique à la distinction entre " l'homme occidental " doué de raison et les peuples et races non-occidentaux enfermés dans le cycle de la répétition et du mythe. 

Se présentant - coutume bien rodée - comme " l'ami " des Africains, Leo Frobenius (que dénonce avec virulence le romancier Yambo Ouologuem dans Le devoir de violence) contribua largement à diffuser une partie des ruminations de Lévy Brühl derrière le masque du " vitalisme " africain. Certes, considérait-il que la " culture africaine " n'est pas le simple prélude à la logique et à la rationalité. Toujours est-il qu'il considérait qu'après tout, l'homme noir est un enfant. Comme son contemporain Ludwig Klages (auteur, entre autres, de L'éros cosmogonique, L'homme et la terre, L'esprit comme ennemi de l'âme), il estimait que l'homme occidental avait payé d'une dévitalisation génératrice de comportements impersonnels la démesure dans l'usage de la volonté - le formalisme auquel il doit sa puissance sur la nature. 

De son côté, le missionnaire belge Placide Tempels dissertait sur " la philosophie bantoue " dont l'un des principes était, selon lui, la symbiose entre " l'homme africain " et la nature. Aux yeux du bon père, la force vitale constitue l'être de l'homme bantu. Celle-ci se déploie du degré proche de zéro (la mort) jusqu'au niveau ultime de celui qui s'avère un " chef ". Telles sont d'ailleurs, en plus de Pierre Teilhard de Chardin, les sources principales de la pensée de Senghor qu'Henri Guaino se fait fort de mobiliser dans l'espoir de donner aux propos présidentiels une caution autochtone. Ignore-t-il donc l'inestimable dette que, dans sa formulation du concept de la négritude ou dans la formation de ses notions de culture, de civilisation, voire de métissage, le poète sénégalais doit aux théories les plus racistes, les plus essentialistes et les plus biologisantes de son époque ? 

Mais il n'y a pas que l'ethnologie coloniale. Au demeurant, celle-ci se nourrit de nombreux récits de voyage et nourrit à son tour toute une culture populaire dont les films, la publicité, les bandes dessinées, la peinture et la sculpture, la photographie ou les expositions ne sont qu'un aspect. Ici, on s'efforce de créer un objet qui, loin de permettre d'effectuer le travail de reconnaissance de l'Autre, fait plutôt de ce dernier un objet substitutif, de donner libre cours à des fantasmes. Le conseiller spécial du président français reprend à son compte cette technique aussi bien que l'essentiel des thèses (qu'il prétend par ailleurs réfuter) des idéologues de la différence et des pontifes de l'ontologie africaine. Puis il procède comme si l'idée selon laquelle il existerait une essence nègre, une " âme africaine " dont " l'homme africain " (Muntu) serait la manifestation la plus vivante - comme si cette idée somme toute farfelue n'avait pas fait l'objet d'une critique radicale par les meilleurs des philosophes africains, à commencer par Fabien Éboussi Boulaga dont l'ouvrage, La crise du Muntu, est à cet égard un classique. 

Dès lors, comment s'étonner qu'au bout du compte, sa définition du continent et de ses gens soit une définition purement négative ? En effet, " l'homme africain " du président Sarkozy est surtout reconnaissable soit par ce qu'il n'a pas, ce qu'il n'est pas ou ce qu'il n'est jamais parvenu à accomplir (la dialectique du manque et de l'inachèvement), soit par son opposition à " l'homme moderne " (sous-entendu " l'homme blanc ") - opposition qui résulterait de son attachement irrationnel au royaume de l'enfance, au monde de la nuit, aux bonheurs simples et à un âge d'or qui n'a jamais existé. 

Pour le reste, l'Afrique des " nouvelles élites françaises " est essentiellement une Afrique rurale, féérique et fantôme, mi-bucolique et mi-cauchemardesque, peuplée de paysans, faite d'une communauté de souffrants qui n'ont rien commun sauf leur commune position à la lisière de l'histoire, prostrés qu'ils sont dans un hors-monde - celui des sorciers et des griots, des êtres fabuleux qui gardent les fontaines, chantent dans les rivières et se cachent dans les arbres, des morts du village et des ancêtres dont on entend les voix, des masques et des forêts pleines de symboles, des poncifs que sont la prétendue " solidarité africaine ", " l'esprit communautaire " , " la chaleur " et le respect des aînés. 

La politique de l'ignorance 

Le discours se déroule donc dans une béatifique volonté d'ignorance de son objet, comme si, au cours de la deuxième moitié du XXe siècle, l'on n'avait pas assisté à un développement spectaculaire des connaissances sur les mutations, sur la longue durée, du monde africain. 

Je ne parle pas de la contribution des chercheurs africains eux-mêmes à la connaissance de leurs sociétés, ni de la critique interne de leurs cultures - critique à laquelle certains d'entre nous ont contribué. Je parle des milliards de son propre trésor que le gouvernement français a commis dans cette grande œuvre et ne m'explique guère comment, au terme d'un tel investissement, on peut encore, aujourd'hui, parler de l'Afrique en des termes aussi peu intelligents. 

Que cache cette politique de l'ignorance volontaire et assumée ? Comment peut-on se présenter à l'université Cheikh Anta Diop de Dakar au début du XXIe siècle et parler à l'élite intellectuelle africaine comme si l'Afrique n'avait pas de tradition intellectuelle et critique propre et comme si Senghor et Camara Laye étaient les derniers mots de l'intelligence africaine au cours du XXe siècle ? 

Par ailleurs, où sont donc passées les connaissances accumulées au cours des cinquante dernières années par l'Institut de Recherche sur le Développement, les laboratoires du Centre National de la Recherche Scientifique, les nombreux appels d'offres thématiques réunissant chercheurs africains et français qui ont tant servi à renouveler notre connaissance du continent - initiatives souvent généreuses auxquelles il m'est d'ailleurs arrivé, plus d'une fois, d'être associé ? 

Comment peut-on faire comme si, en France même, Georges Balandier n'avait pas montré, dès les années cinquante, la profonde modernité des sociétés africaines ; comme si Claude Meillassoux, Jean Copans, Emmanuel Terray, Pierre Bonafé et beaucoup d'autres n'en avaient pas démonté les dynamiques internes de production des inégalités ; comme si Catherine Coquery-Vidrovitch, Jean-Suret Canale, Almeida Topor et plusieurs autres n'avaient pas mis en évidence et la cruauté des compagnies concessionnaires, et les ambigüités des politiques économiques coloniales ; comme si Jean-François Bayart et la revue Politique africaine n'avaient pas tordu le cou à l'illusion selon laquelle le sous-développement de l'Afrique s'explique par son " désengagement du monde " ; comme si Jean-Pierre Chrétien et de nombreux géographes n'avaient pas administré la preuve de l'inventivité des techniques agraires sur la longue durée; comme si Alain Dubresson, Annick Osmont et d'autres n'avaient pas décrit, patiemment, l'incroyable métissage des villes africaines ; comme si Alain Marie et les autres n'avaient pas montré les ressorts de l'individualisme ; comme si Jean-Pierre Warnier n'avait pas décrit la vitalité des mécanismes d'accumulation dans l'Ouest-Cameroun et ainsi de suite. 

Déni de responsabilité 

Quant à l'antienne sur la colonisation et le refus de la " repentance ", voilà qui sort tout droit des spéculations de Pascal Bruckner, Alain Finkielkraut et autres Daniel Lefeuvre. Mais à qui fera-t-on croire qu'il n'existe pas de responsabilité morale pour des actes perpétrés par un État au long de son histoire ? À qui fera-t-on croire que pour créer un monde humain, il faut évacuer la morale et l'éthique par la fenêtre puisque dans ce monde, il n'existe ni justice des plaintes, ni justice des causes ? 

Afin de dédouaner un système inique, la tentation est aujourd'hui de réécrire l'histoire de la France et de son empire en en faisant une histoire de la " pacification ", de " la mise en valeur de territoires vacants et sans maîtres ", de la " diffusion de l'enseignement ", de la " fondation d'une médecine moderne ", de la mise en place d'infrastructures routières et ferroviaires. Cet argument repose sur le vieux mensonge selon lequel la colonisation fut une entreprise humanitaire et qu'elle contribua à la modernisation de vieilles sociétés primitives et agonisantes qui, abandonnées à elles-mêmes, auraient peut-être fini par se suicider. 

En traitant ainsi de la colonisation, on prétend s'autoriser, comme dans le discours de Dakar, d'une sincérité intime, d'une authenticité de départ afin de mieux trouver des alibis - auxquels on est les seuls à croire - à une entreprise passablement cruelle, abjecte et infâme. L'on prétend que les guerres de conquête, les massacres, les déportations, les razzias, les travaux forcés, la discrimination raciale institutionnelle - tout cela ne fut que " la corruption d'une grande idée " ou, comme l'explique Alexis de Tocqueville, " des nécessités fâcheuses ". 

Demander que la France reconnaisse, à la manière du même Tocqueville, que le gouvernement colonial fut un " gouvernement dur, violent, arbitraire et grossier ", ou encore lui demander de cesser de soutenir des dictatures corrompues en Afrique, ce n'est ni la dénigrer, ni la haïr. C'est lui demander d'assumer ses responsabilités et de pratiquer ce qu'elle dit être sa vocation universelle. 

D'autre part, il faut être cohérent et cesser de tenir à propos de la colonisation des propos à géométrie variable - certains pour la consommation interne et d'autres pour l'exportation. Qui convaincra-t-on en effet de sa bonne foi si, en sous-main des proclamations de sincérité telles que celles de Dakar, l'on cherche à dédouaner le système colonial en cherchant à nommer, à titre posthume comme maréchal, des figures aussi sinistres que Raoul Salan ou en cherchant à construire un mémorial à des tueurs comme Bastien Thiry, Roger Degueldre, Albert Dovecar et autres Claude Piegts ? 

Conclusion 

La majorité des Africains ne vit ni en France, ni dans les anciennes colonies françaises. Elle ne cherche pas à émigrer dans l'Hexagone. Dans l'exercice quotidien de leur métier, des millions d'Africains ne dépendent d'aucun réseau français d'assistance. Pour leur survie, ils ne doivent strictement rien à la France et la France ne leur doit strictement rien. Et c'est bien ainsi. 

Ceci dit, un profond rapport intellectuel et culturel lie certains d'entre nous à ce vieux pays où, d'ailleurs, nous avons été formés en partie. Une forte minorité de citoyens français d'origine africaine, descendants d'esclaves et d'ex-colonisés y vivent, dont le sort est loin de nous être indifférent, tout comme celui des immigrés illégaux qui, malgré le fait d'avoir enfreint la loi, ont néanmoins droit à un traitement humain. Depuis Fanon, nous savons que c'est tout le passé du monde que nous avons à reprendre ; que nous ne pouvons pas chanter le passé aux dépens de notre présent et de notre avenir ; qu'il n'y a pas de mission nègre comme il n'y a pas de fardeau blanc ; que nous n'avons ni le droit ni le devoir d'exiger réparation de qui que ce soit ; que le nègre n'est pas, pas plus que le blanc ; et que nous sommes notre propre fondement. 

Aujourd'hui, y compris parmi les Africains francophones dont la servilité à l'égard de la France est particulièrement accusée et qui sont séduits par les sirènes du nativisme et de la condition victimaire, beaucoup d'esprits savent pertinemment que le sort du continent, ou encore son avenir, ne dépend pas de la France. Après un demi-siècle de décolonisation formelle, les jeunes générations ont appris que de la France, tout comme des autres puissances mondiales, il ne faut pas attendre grand-chose. Personne ne sauvera les Africains malgré eux. 

Elles savent aussi que jugées à l'aune de l'émancipation africaine, certaines de ces puissances sont plus nuisibles que d'autres. Et que compte tenu de notre vulnérabilité passée et actuelle, le moins que nous puissions faire est de limiter ce pouvoir de nuisance. Une telle attitude n'a rien à voir avec la haine de qui que ce soit. Au contraire, elle est le préalable à une politique de l'égalité sans laquelle il ne saurait y avoir un monde commun. 

Si donc la France veut jouer un rôle positif dans l'avènement de ce monde commun, il faut qu'elle renonce à ses préjugés. Il faut que ses nouvelles élites opèrent le travail intellectuel nécessaire à cet effet. On ne peut pas parler à l'ami sans s'adresser à lui. Etre capable d'amitié, c'est, comme le soulignait Jacques Derrida, savoir honorer en son ami l'ennemi qu'il peut être. Cela est un signe de liberté. 

Pour l'heure, le prisme à partir duquel elles regardent l'Afrique, la jugent ou lui administrent des leçons n'est pas seulement obsolète. Il ne fait aucune place à des rapports d'amitié qui seraient coextensifs à des rapports de justice et de respect. Tant que cet aggiornamento n'est pas réalisé, ses clients et affidés locaux continueront de l'utiliser pour de tristes fins. Mais personne, ici, ne la prendra vraiment au sérieux et, encore moins, l'écoutera. 

Achille Mbembe in Le Messager, 1er août 2007

 

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NABOLEON, LE PEDANT ET MORALISATEUR PRESIDENT FRANÇAFRICAIN, EXPLIQUE L'AFRIQUE AUX AFRICAINS. | 05 août 2007

Discours surréaliste du président français à Dakar : M. Sarkozy explique l'Afrique, son passé, son présent, son futur aux Africains ! 

Article d'Akam Akamayong, le 30/07/2007

Le 26 juillet 2007 à l'Université Cheikh Anta Diop à Dakar au Sénégal, le président français délivrait un discours à coup sûr historique lors de sa première visite en Afrique subsaharienne. Historique mais surtout surréaliste par l'ambition, l'adresse, le ton, le contenu, le caractère hétéroclite des éléments mobilisés. Inutile de dire qu'un tel propos n'a rien à envier aux prêches des missionnaires du XVe siècle ni même aux certitudes des grands philosophes occidentaux, avec la dialectique en moins, comme Hegel pour qui l'Afrique était en dehors de l'histoire, du mouvement.

Le contenu du discours de M. Nicolas Sarkozy ne peut être de son propre cru c'est évident, ceci ne l'en décharge guère pour autant. Mais le fait qu'un président d'une république indépendante, s'adresse non pas à son homologue parlant de pays à pays mais directement «à l'élite de la jeunesse africaine» traduit bien le blocage des horloges aux années 1885. Imagine t-on M. Wade, président du Sénégal, que l'exercice de son homologue ne semblât guère gêner lui qui présentât jadis ravi l'équipe de football du Sénégal comme l'équipe de France bis, prendre la parole à la Sorbonne, s'adressant directement à la jeunesse européenne pour lui expliquer qui étaient les Grecs, ce que fut le Nazisme, la responsabilité des Européens dans ce crime contre l'humanité, la colonisation romaine, et le nuage de Tchernobyl ? A se demander où Paris s'arrêtera, lancée jusqu'à l'incroyable sur ces voies(x) vicinales du néo-paternalisme. Demain un discours aux chauffeurs de taxis africains, aux femmes d'affaires des petits marchés, aux naufragés de Tenerife, aux victimes de drames familiaux, ... ?

Ce n'est pas sans stupeur que l'on lit et relit incrédule le discours de M. Nicolas Sarkozy à Dakar, parsemé de ces phrases jetées un peu aventureusement sur ces Africains qui s'entretuent, ces dictateurs, la corruption, proposant comme une trouvaille l'Eurafrique, défendue il y a un demi siècle par Senghor et les coloniaux. Le président français a patiemment expliqué aux Africains, en Afrique et en plein second millénaire chrétien ce qu'étaient les civilisations africaines, l'histoire africaine, les mythes africains, le drame africain, la Renaissance africaine ! Sur un ton entendu qu'aucune brise de doute n'a paru capable de traverser ni de tempérer, le président français a appris aux Africains qu'ils avaient des proverbes -tiens donc-, un imaginaire, une culture dont ils ne devaient pas avoir honte (rougir ?), qu'ils devaient faire attention aux dangereux mythes de la pureté des origines, mais qu'ils avaient un défaut rédhibitoire, leur pathologie de la répétition qui les coupe de tout progrès.

L'archétype de cette arriération, le «paysan» africain malade de répétition. L'idée même de progrès serait en terrain hostile sur les sillons cultivés immuablement à l'identique par le bien commode paysan africain ; ce qui coupe le souffle lorsqu'on réentend le même président français affirmant dans le même discours que l'Afrique a connu tant de «brillantes civilisations». Quand on sait que civilisation en tant qu'accomplissement d'inédits, de techniques, de langages, d'institutions, de monuments, de révolutions, de chambardements éthiques, moraux, sociétaux rime avec ... progrès, que «le paysan africain» au format unique ici est passé par tous les âges des révolutions humaines jusqu'à l'utilisation autochtone des outils agricoles en métaux qu'il n'a certes pas industrialisés, on reste interdit par le discours prononcé à l'Université Cheikh Anta Diop.

Rien donc sur les bases françaises en Afrique, les banques françaises qui siphonnent le pétrole africain avec les dirigeants africains, leurs appareils de coercition et de corruption imbriqués, nés des réseaux des services français (occidentaux), rien sur les Bouygues, Bolloré, ELF, France Télécom qui en Afrique non plus coloniale mais néocoloniale maintiennent un pré carré de prédation incompatible avec les aspirations démocratiques des peuples et un bien-être partagé. Bref rien qui fasse date dans le sens d'alternatives à la répétition des réseaux et des privilèges de l'économie de traite recyclée au profit des oligarchies franco-mondiales, sinon l'existence de ce discours en tant que tel et son décalage impensable d'avec la réalité.

La source idéologique de cette adresse du président française à la jeunesse africaine est très clairement identifiable et pose elle un problème réel. On y voit à peine fardées les indigences journalistiques de Stephen Smith attaché depuis des années à prouver l'exact contraire des faits africains vus de France, jetant une épaisse couverture de propagande sur la Françafrique déclarée finie et morte après chaque nouveau crime perpétré, répété. Ce «spécialiste Afrique» se permettant, avec la complicité d'une clique honteuse et abrutie d'«Intellectuels» et de médias africains de proclamer l'Afrique en dehors de l'universel, un coup de pied de l'âne venant d'un «bon blanc» relégué aux pages africaines par manque d'épaisseur intellectuelle et probablement aussi pour d'autres raisons ...

L'idéologie Pétré-Grenouilleau, «Les Africains ont vendu les Antillais (ou d'autres Africains), les Arabes ont été plus esclavagistes que les Européens ... » qui a permit aux relents post-négriers et aux colonostalgies françaises de s'appuyer sur un travail à prétention scientifique -au moins d'universitaire, dont l'inconsistance garantit le succès- traverse les propos entendus à Dakar.

Pis les grandes inconséquences senghoriennes dans ses louanges au métissage et à la langue française sont réimprimées dévalorisant le patrimoine africain, et servant l'alibi pour faire passer des messages impossibles à tenir par des coloniaux ou leurs descendants. Exemple de citation de Senghor par M. Sarkozy : «le français nous a fait don de ses mots abstraits si rares dans nos langues maternelles. Chez nous les mots sont naturellement nimbés d'un halo de sève et de sang ; les mots du français eux rayonnent de mille feux, comme des diamants. Des fusées qui éclairent notre nuit».

L'adhésion de M. Nicolas Sarkozy à ce que l'on nommerait «colonostalgie» ou idéologie de la «colonisation positive» derrière laquelle se dessine la doxa de l'anti-repentance aux anciennes colonies d'Afrique (Bruckner, Finkielkraut, Zemmour, ...) est nettement affirmée : «Le colonisateur est venu, il a pris, il s'est servi, il a exploité, il a pillé des ressources, des richesses qui ne lui appartenaient pas. Il a dépouillé le colonisé de sa personnalité, de sa liberté, de sa terre, du fruit de son travail. Il a pris mais il a aussi donné. Il a construit des ponts, des routes, des hôpitaux, des dispensaires, des écoles. Il a rendu fécondes des terres vierges, il a donné sa peine, son travail, son savoir. Car tous les colons n'étaient pas des voleurs, tous les colons n'étaient pas des exploiteurs.». Un point sur lequel à l'instar des discussions parlementaires qui ont animé la France après la loi du 23 février, il est aisé de répondre aussi nettement. La colonisation, l'esclavage ont été des politiques publiques, menées par un Etat (des Etats européens) qui a légiféré, produit du droit, des entreprises publiques, des contrats, une politique industrielle. Ce ne sont pas des individus pris isolément qui seraient à priori comptables de ces crimes contre l'humanité mais l'Etat qui lui doit réparer. De la même façon qu'il encaisse les bénéfices liés à l'histoire lorsque des centaines milliers de touristes visitent la Tour Eiffel ouvrage historique, il doit s'acquitter de ses dettes liées au passé, s'il s'agit d'un Etat de droit. Que des colons individuellement aient pu ne pas avoir été des «exploiteurs», voire, selon les canons à la mode exceller au plan moral, serait valable dans tous les génocides et crimes contre l'Humanité. Celui perpétré par les Nazis comme celui dont les Amérindiens furent victimes, c'est une implication courante du contexte de crimes à grande échelle. Cela ne change rien au principe de viol, de vol, d'Ensauvagement imprescriptible de l'entreprise coloniale.

L'intelligentsia africaine nombreuse en diaspora et de plus en plus mobilisée dans les universités et centres de formation, ou par ailleurs reconnue pour ses ouvrages littéraires, passe à côté de sa mission historique, occupée aux prosternitudes et à quémander postes, strapontins et estrades vides. Elle laisse, par paresse, servitude intellectuelle volontaire, couardise, abandon, corruption morale, se développer sous ses yeux des idéologies extrêmement dangereuses qui retournent une opinion occidentale qui avait entrepris de prendre conscience dans la douleur des crimes de ses représentants outre-mer et de leurs reproductions, rémanences. Les cycles intellectuels européens s'étant inversés des Anticolonialistes sont désormais les rampes de lancement de pires actions de viol, de violence, d'agression mondiale (Palestine, Irak, Côte d'Ivoire, ...), des ONGs se reconvertissent au conservatisme dur, et ceux qui restent fidèles à leurs convictions d'un monde où l'éthique reprendrait ses droits, où le crime entraînerait la réparation sont marginalisés, prescrits à l'asile. Par ce fait le poids des idéologies prédatrices dans l'actualité, la production culturelle (média, édition, multimédia, ...) ne cessent de s'accroître, garantissant une protection ultime à ceux qui croient et ne savent croire qu'en l'inégalité des Humains, qu'aux Droits privilégiés de quelques Blancs à exploiter les Autres, qu'à la volonté omnipotente des Forts.

Akam Akamayong

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