Jacques Janvier Rop's Okoué Edou, né le 17 janvier 1971 à Libreville, est originaire de Nsimi à Bitam (Nord du Gabon).
Spécialiste en Economie et Finance Internationales, il est titulaire d'un Doctorat Nouveau Régime ès Sciences Economiques de l'Université Montesquieu (Bordeaux IV) depuis juin 2005. Il a, à son actif, de nombreux articles et conférences. Après son premier ouvrage intitulé " Pourquoi la dévaluation du franc CFA était-elle vouée à l'échec au Gabon ? " et publié en janvier 2007 à l'Harmattan, il prépare actuellement un opuscule relatif à l'intégration économique et monétaire africaine. Il est membre de l'Union du Peuple Gabonais (UPG) depuis juin 2002. Il a été, à l'Université de la Rochelle (France), chargé de cours et de travaux dirigés en micro et macroéconomie, économie monétaire et financière, théorie des contrats, organisations et stratégies des firmes, finance internationale, commerce international (département d'économie) et en économie des biens publics et collectifs (département de droit). Il vient d'être recruté comme chargé de cours à l'Université de Rimouski (Canada) et est membre de l'Association des économistes québécois. Par ailleurs, il prépare un DESS en Administration des Affaires à l'Université de Laval (Canada).
Mon blog a pour objectif d'exposer mes réflexions sur les problèmes politiques, économiques, sociaux et culturels du Gabon, mon cher pays. Il vise à informer, dans différents domaines, le peuple gabonais sur la situation réelle de leur pays. J'espère, par les nombreuses publications qui y seront mises en ligne, contribuer à la mise du Gabon sur le sentier du développement économique, politique et social. Ainsi, au-delà des critiques sur la mauvaise gouvernance structurelle de ce pays, mes articles vont toujours, après analyse scientifique du problème évoqué, contenir des propositions de solutions, des thérapies adressées aux autorités publiques gabonaises. Aussi, si ces mesures thérapeutiques préconisées étaient par hasard appliquées sur le terrain par les pouvoirs publics, mon blog aura ainsi rempli son objectif primordial, celui de faire progressivement de mon cher Gabon, un pays meilleur.
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Safari et lune de miel en Afrique
Par FRANÇOIS HAUTER, le 16 août 2007
Vingt-deuxième étape. Suite de notre reportage autour du monde à la rencontre des Chinois et des exilés de l'empire du Milieu. La Chine fait main basse sur Maputo, au Mozambique, comme sur tout le continent. Aveugles au pillage de leur forêt, les Africains rêvent d'émancipation vis-à-vis des anciens colons.
Revenant de brousse, j'atterrissais à Maputo, où j'étais replongé instantanément dans notre siècle. Avec ses avenues bordées de grands jacarandas, ses trottoirs joliment pavés, ses boulevards encombrés d'une circulation intense, ses clubs, ses cafés, ses palais et ses palaces, la capitale du Mozambique semblait une Lisbonne tropicale, une cité de la Vieille Europe plantée au milieu de savanes en friche. Elle incarnait le rêve élégant de la colonisation portugaise en Afrique. Les bailleurs de fonds occidentaux s'y battaient à coup de milliards contre les Chinois pour lui rendre son lustre. La Chine tenait la corde. Pékin avait offert un ministère des Affaires étrangères flambant neuf, celui des Finances, un Palais des congrès, un grand stade allait être édifié. L'Assemblée nationale avait été réhabilitée par des ouvriers venus de Canton, et le dernier centre commercial de la ville venait d'être construit par un « fils du Ciel ». Pour compléter le tableau, les villas des dirigeants au pouvoir, en bord de mer, étaient elles aussi « made in China ». Cela se voyait de loin : les finitions étaient bâclées.
Les « experts » occidentaux, eux, étaient abasourdis : une débauche de capitaux chinois s'abattait sur le continent. En Angola, c'étaient dix milliards de dollars. Au Nigeria, le même montant. Au Soudan, huit milliards. Au Gabon, cinq milliards. Plus autant en prêts, crédits, bourses, stages saupoudrés partout d'ici à 2009. Un safari toujours plus spectaculaire, annoncé bruyamment en mai à Shanghaï. Les Chinois avaient repris quelques projets en Angola et au Nigeria, refait leurs additions et trompeté le financement de 20 milliards de dollars de projets d'ici à trois ans.
Oubliés les 200 milliards de dollars accordés par les Occidentaux aux Africains depuis trente-cinq ans ; escamoté, l'effacement de 50 milliards de dettes du continent par les mêmes, voici peu. La Chine en 2006 était devenue le troisième partenaire de l'Afrique, après l'Europe et les États-Unis. Le commerce bilatéral, parti de 10 milliards en 2000, devait être multiplié par dix avant 2010. Grâce à ces échanges rendus plus suaves encore par l'augmentation du prix des matières premières, la croissance globale africaine frôlait depuis deux ans les 6 %. Les Africains, naturellement, étaient grisés. Ils vivaient leur lune de miel avec l'empire du Milieu.
La nouvelle diplomatie chinoise bousculait toutes les habitudes. L'Afrique découvrait soudain, grâce aux Chinois, qu'elle pouvait s'affranchir des règles posées par les Blancs. Longtemps, elle était demeurée la « chasse gardée » des Européens. Sans résultats. Car l'idéologie de la Banque mondiale avait fait long feu : l'exportation de matières premières ou agricoles sur des bases inégales n'avait nulle part sur le continent jeté les bases d'une croissance solide. Comme le disait Ndubisi Obiorah, universitaire nigérian et chercheur à Harvard : « Pour de nombreuses élites africaines éreintées par deux décennies de réformes économiques soi-disant adoptées par les gouvernements africains eux-mêmes, mais pilotées par les gouvernements occidentaux, les donateurs et les organisations internationales, la Chine représente l'espoir qu'un monde nouveau est possible, dans lequel le pain serait plus important que la démocratie. »
En bref, les « valeurs » chinoises - la stabilité assurée par un gouvernement patriotique et éclairé - apparaissaient soudain mieux adaptées au développement de l'Afrique que celles de l'Occident, basées sur la démocratie.
Pour les Africains, la Chine sonnait la fin d'une époque. Elle était un exemple à suivre, elle annonçait la résurrection d'un rêve d'émancipation du tiers-monde contre un monde injuste, dont les ficelles étaient toujours tirées par les anciens colonisateurs. Le Mozambique m'intéressait particulièrement. Il était en Afrique le « bon élève », le chouchou des donateurs occidentaux. Ces derniers applaudissaient les 8 % de la croissance annuelle. Ils offraient un bon milliard de dollars par an (52 % de son budget) à ce petit pays de 19 millions d'habitants, doté d'un gouvernement stable d'anciens marxistes qui avaient tourné leur veste au bon moment. C'est à Maputo aussi que les Chinois s'installaient solidement, même si le Mozambique n'avait pas de pétrole.
Du côté occidental, on les raillait, on les fustigeait : « Ils pillent avec la complicité des élites locales », disait un expert suédois. « Leur discrétion est louche, ils ont un plan, un agenda qu'ils ne veulent pas dévoiler », ajoutait son collègue italien. « Ils pratiquent un capitalisme cru dans un pays sauvage. Ils ne construisent des routes que pour exporter
les matières premières », renchérissait un Finlandais. « Ils n'ont pas de considérations sociales », martelait un Français. En matière de cynisme et de pillage, les Occidentaux étaient mal placés pour s'ériger ici en donneurs de leçons : la seule compagnie minière anglo-australienne BH-Billiton assurait 70 % des exportations mozambicaines... et 2 % des revenus du pays ! Un sac en bonne et due forme. Les routes et les voies de chemin de fer réhabilitées aujourd'hui par les Chinois, c'étaient les colons européens qui les avaient tracées. Pour tirer un maximum des ressources africaines vers les côtes et l'exportation, exactement comme le faisaient aujourd'hui les Chinois. Quant aux « considérations sociales » des Français en Afrique, elles avaient marqué à jamais les esprits des ouvriers construisant la voie de chemin de fer Brazzaville - Pointe-Noire. Peu d'entre eux avaient survécu à ce chantier. Les Européens se lamentaient également au Mozambique de voir la Chine, avec sa main-d'oeuvre courageuse et peu coûteuse, rafler 100 % ou presque des marchés publics. Mais les Mozambicains s'en félicitaient : « Ils sont exceptionnels en termes de développement de projets et de réalisations. Ils travaillent vingt-quatre heures par jour pour respecter les délais, comme les Japonais il y a quarante ans », expliquait Abdul Magid Osman, un ancien ministre des Finances devenu le patron de la plus grande banque privée du pays.
L'Afrique profitait donc pleinement de l'empire du Milieu, en échangeant des infrastructures peu coûteuses contre des matières premières bien payées. Comme ailleurs dans le monde, les responsables mozambicains ne cachaient pas leurs difficultés de dialogue avec les Chinois, mais reconnaissaient qu'ils étaient « directs » et « efficaces ». Ils attendaient maintenant des transferts d'usines sur leur continent. M. Osman précisa : « Des centaines d'entreprises chinoises sont prêtes à partir en Angola. Les Chinois y pénètrent plus rapidement que n'importe où ailleurs en Afrique. Aucun pays occidental ne prendrait ce risque-là. » Via l'Angola, la voie royale des richesses du Congo-Kinshasa s'ouvrait aux Chinois.
Les Africains ne se faisaient guère d'illusions : cette lune de miel n'était pas idyllique. À Maputo par exemple, les commerçants et les intermédiaires africains, libanais ou indiens, se voyaient obligés de réviser à la baisse leurs chiffres d'affaires, voire de mettre la clef sous la porte, tant les Chinois se révélaient de redoutables concurrents pour eux. Ils accaparaient les affaires des autres, et en particulier celles de la petite bourgeoisie noire émergente. Si, dans l'avenir, il fallait s'attendre à des tensions raciales et sociales de ce côté-là, les Chinois avaient néanmoins un impact énorme, positif, sur l'économie du pays. Les spécialistes mozambicains s'attendaient à ce qu'ils soient 25 000 d'ici à cinq ans, sur une population de 25 millions d'habitants. Et qu'ils jouent en Afrique le même rôle économique qu'en Thaïlande, en Indonésie ou en Malaisie.
La seule ombre réelle sur cette coopération était la catastrophe écologique qui se préparait. Les Chinois se comportaient en Afrique comme dans leur propre pays, en destructeurs barbares de la nature. Ce n'était même pas une question de morale ou d'éthique : ils n'avaient pas davantage conscience de ce qu'ils provoquaient ici que dans leur empire. Avec les Africains, ils ne partageaient qu'une seule obsession : le profit immédiat. C'était d'ailleurs compréhensible : on commence à défendre l'environnement lorsqu'on jouit déjà de tous les autres conforts. Avant, on n'y songe même pas. Les hommes, au Mozambique, étaient dans une lutte pour la survie. Avec une espérance de vie de 40 ans et un PNB par habitant de 230 euros par an, les Mozambicains prenaient l'argent là où cela était possible, et le plus avidement possible. Le pays était jeune, et son administration était faible. Il était né d'une révolte marxiste, longtemps soutenue par la Chine. Toute une génération de combattants finit dans la jungle plutôt que sur les bancs de l'Université. Lorsqu'ils reprirent possession de leur capitale en 1975, après le départ des Portugais, ils devinrent les présidents des sociétés d'État, sans les moindres compétences nécessaires pour assurer correctement leurs nouvelles responsabilités.
Puis on les remplaça par des jeunes mieux formés. Pour les récompenser au moment de leurs retraites, on leur offrit d'immenses concessions de forêts. Leur mentalité vis-à-vis de cette ressource était celle de paysans : « La forêt a toujours été là. Et il y en a tant... » C'était cette « ressource inépuisable » qu'ils vendaient aujourd'hui, secrètement, à leurs vieux « camarades » chinois, qui avaient offert, en échange, 200 millions de dollars pour des crédits d'infrastructures. Ce bois, il fallait des routes pour l'amener jusqu'aux ports... L'argent chinois avait une qualité supplémentaire, d'une valeur inestimable, incalculable : il offrait à tous les régimes africains l'occasion d'économiser une remise en question de la corruption généralisée, et des pratiques des chefs africains face à leurs peuples. Mia Cauto, un journaliste et un écrivain du Mozambique, le disait sans détour : « Blâmer les autres, c'est africain. Les autres sont coupables. Et nous, irresponsables. Alors que nous sommes profondément complices, depuis l'esclavage et le colonialisme, qui ne se seraient pas étendus sans nous. Aujourd'hui, cela continue. Les Africains ont ça dans la peau. On massacre nos forêts. Mais ce n'est pas de notre faute... » De qui était-ce la faute alors ? Je m'envolais vers le Gabon, pour y découvrir que c'était la France qui était désormais dans la ligne de mire des Chinois et des Africains.
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Des policiers français "molestés" en raccompagnant des Guinéens expulsés
PARIS, 23 août 2007 (AFP) -
Six policiers français ont été "molestés" et "légèrement blessés" le 16 août dernier, à leur descente d'avion à Conakry, en Guinée, en raccompagnant deux ressortissants de ce pays expulsés de France, a-t-on appris de sources policières jeudi confirmant une information de RTL.
Selon le procès-verbal (PV) de ces incidents dressé par les fonctionnaires de la police aux frontières (PAF) et dont l'AFP a eu connaissance, les six policiers ont affirmé qu'ils avaient été reçus à Conakry "par un comité d'accueil" dont "faisaient partie des policiers guinéens".
L'un d'entre eux "a frappé l'un des fonctionnaires français", poursuit le document. Les policiers ont également été "insultés" et "pris à partie" par plusieurs personnes mais ils ont pu regagner la France via Casablanca sans encombre, toujours selon le PV.
Ils accompagnaient deux Guinéens sans papiers expulsés de France et qui avaient fait l'objet d'une mesure de reconduite à la fontière.
Un responsable de la PAF à l'aéroport de Roissy a confirmé à l'AFP que ces fonctionnaires avaient été "pris à partie", ce qui "arrive assez fréquemment", selon lui.
Source: AFP
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Libreville FRANÇOIS HAUTER, Le Figaro
Publié le 17 août 2007
Vingt-troisième étape. Suite de notre reportage autour du monde à la rencontre des Chinois et des exilés de l'empire du Milieu. Au Gabon, devenu misérable, la colère gronde contre les dirigeants et leurs protecteurs. Le sentiment antifrançais est palpable. Les Chinois attendent de prendre notre place.
On ne va nulle part sans a priori. Il y a trois mois, j'étais passé à Dubaï, la capitale des Émirats arabes unis, où je m'attendais au pire tape-à-l'oeil, au clinquant inutile. J'avais été étonné par le développement intelligent et spectaculaire de ce pays moins riche que le Gabon.
À Libreville, où j'arrivais, je me réjouissais de retrouver le petit émirat tropical, coquet, que je n'avais plus revu depuis vingt ans. Il devait s'être spectaculairement développé. La réalité était opposée : le Gabon était devenu un émirat misérable. Le tiers de son million d'habitants vivait sous le niveau de pauvreté (un dollar par jour).
Libreville s'était défaite, elle s'étalait tristement avec ses carcasses d'immeubles abandonnés sur le bord de mer, ses rues défoncées, ses coupures de courant, ses égouts débordants. Dans les quartiers populaires, des habitants fouillaient les poubelles et s'y nourrissaient, dans une misère humide de flaques boueuses. À l'hôpital central, les malades arrivés en urgence étaient posés sur le sol. Les écoles comptaient soixante élèves par classe. La plupart des chaînes d'hôtels internationales s'étaient retirées du pays.
Le Gabon, riche à milliards grâce à son pétrole, n'était plus qu'une débâcle, un découragement, une reculade, un pays exsangue et délabré. Derrière le boulevard triomphal Omar Bongo bordé d'immeubles rutilants, j'étais replongé dans la crasse de Port-au-Prince, la capitale misérable d'Haïti. C'étaient des bidonvilles à perte de vue, des routes pitoyables menant vers les pays voisins. Les grèves se succédaient en ville. C'était le seul moyen de se faire payer, semble-t-il. Depuis 2006, l'État ne réglait plus ses factures. Les Gabonais nommaient ce phénomène « l'évaporation ».
Je tentais d'aborder quelques intellectuels officiels, mais tombais sur des laquais : « Vous êtes un journal d'opinion, il me faut d'abord prévenir le palais ! », tremblotait un M. M'Bot, ancien ministre semble-t-il (il y en avait quarante- neuf à chaque remaniement). Pour me remonter le moral, je dirigeais mes pas vers le Musée des arts et traditions populaires, sur le front de mer. L'art des masques de la forêt gabonaise faisait rêver les collectionneurs du monde entier. Le musée
était à l'abandon. Mangé par les insectes. Les réserves avaient été inondées trois fois en deux ans. On appelait ici ces mauvais sorts des « coups de fusil nocturnes ». Les esprits se vengeaient. Car le pays avait été pillé. J'avais toujours porté un regard assez indulgent sur le phénomène de la corruption. Après tout, c'était bien difficile de la stigmatiser, pour nous qui n'avions jamais connu de privations. C'était comme demander à un homme affamé depuis toujours de ne se servir qu'une demi-tranche d'un énorme cake qu'on lui présenterait soudainement. Ce que nous nommions «corruption», c'était la confiscation du cake entier par ce vorace. Cela n'était pas bien du tout, mais c'était humain : l'homme voulait mettre sa famille et ses proches définitivement à l'abri de la misère. Omar Bongo, le président gabonais, n'était que le prédateur le plus caricatural de l'Afrique.
Au Cameroun, Paul Biya, lui aussi, avait mis son pays en coupe réglée. Au Congo- Brazzaville, c'était Denis Sassou N'Guesso ; dans l'autre Congo, celui de Kinshasa, la famille Kabila ; au Togo, la famille Eyadéma. Mais la tension montait : aussi bien Omar Bongo qu'Idriss Déby au Tchad, Sassou N'guesso et Paul Biya vieillissaient. Et aucun de ces chefs n'avait préparé sa succession. Les Chinois se réjouissaient de cette agonie lugubre de l'Afrique francophone. Ils avaient poussé la provocation jusqu'à vouloir racheter l'ancien hôtel particulier du ministère français de la Coopération, à Paris - Jacques Chirac avait mis son veto.
Ils contemplaient le recul de la France sur le continent. Ils attendaient que ces cartels de clans qui avaient profité au maximum de la sécurité apportée par les Français (1) soient chassés. Ils calculaient que ces transmissions de pouvoir se feraient sur le dos des Français. Car partout en Afrique francophone, il était déjà écrit que la colère de ceux qui s'étaient sentis floués par leurs dirigeants (95 % des populations de ces pays) se retournerait le moment venu contre ceux qui avaient protégé les exactions de leurs anciens dirigeants. Exactement comme en Côte d'Ivoire : l'émancipation vis-à-vis de l'ancienne puissance colonisatrice serait d'autant plus violente qu'elle serait tardive. À Libreville, cette colère était déjà palpable. Au carrefour de Rio, qui dominait plusieurs quartiers et commandait l'accès à des routes importantes, je ne m'étais guère attardé. Les regards n'étaient pas bienveillants : « Ras-le-bol de voir les Français ! », « Fous le camp ! », lâchaient des Gabonais attablés dans des « maquis », les cafés du coin. « C'est comme au Rwanda ou en Côte d'Ivoire ici, me disait le journaliste gabonais qui m'accompagnait, il y a un fort sentiment antifrançais ici. Les gens ne le disent pas haut, mais ils le pensent : la France nous impose ce dictateur. Elle ne nous veut pas de bien. Elle encourage les prédateurs. » Dans les restaurants français du centre-ville, les Blancs trinquaient au pastis, ils semblaient ignorer cette exaspération : « Ce pays est béni des dieux, et ça continuera ! », assurait un convive auquel je décrivais l'ambiance du carrefour de Rio. Le Gabon n'était pas plongé dans une drôle de guerre, mais dans une drôle de paix. Le peuple attendait son heure, prêt à faire payer la sclérose de ses structures politiques et sociales aux étrangers. Les Français seraient les premiers pillés. « Ce sera effroyable lorsque cela éclatera, car la violence est contenue, mais déjà présente. On pratique le supplice du pneu (2) pour les voleurs, c'était inimaginable il y a vingt ans », m'expliqua un sociologue gabonais. Le pays était devenu un théâtre d'ombres et de simulacres.
Les habitants jouaient les Tartuffe : « Les gens acceptent d'être nourris par un chef plutôt que de lutter, expliquait un coopérant européen, le pays recule. Les ministres passent leur temps à attendre que le président ouvre l'armoire qui est derrière son trône. Elle contient des mallettes remplies de billets de banque. »
Les Chinois sentaient bien le recul des Français, et occupaient les places qu'ils abandonnaient. Dans l'industrie en particulier. Là où les Français se faisaient critiquer pour le manque de solidité des routes qu'ils construisaient (après les prébendes du palais, il restait moins de goudron à étaler), les Chinois faisaient les routes eux-mêmes, plus vite et plus solidement.
Sur le boulevard triomphal de M. Bongo, ils avaient construit tout ce qui se voyait : l'Assemblée nationale, le Sénat. Ils avaient rénové l'hôtel du premier ministre, ils s'activaient ces jours-ci sur une Cité de l'information, où seraient regroupées les forces vives de la presse locale. Celle-ci était dithyrambique sur l'action des Chinois. « Avec les Chinois, c'est du concret ! », proclamaient les journaux.
La Chine n'avait évidemment pas de sympathie particulière pour le président Bongo, mais elle en avait beaucoup pour son pétrole, son bois, son manganèse et son minerai de fer. Pékin venait ainsi de débloquer trois milliards de dollars de crédits pour un projet colossal, l'exploitation d'une mine de fer à Belinga, détenue à 85 % par les Chinois. L'étonnant dans ce projet était que les Chinois ne possédaient pas le savoir-faire pour exploiter des gisements aussi gigantesques. Mais la candidature chinoise avait été retenue par le président Bongo, et le contrat signé dans des termes d'une confidentialité absolue.
Je n'étais pas étonné par le style monarchique du pouvoir gabonais. Tous les régimes africains avaient cette tentation monarchique, et il était naturel de laisser enfin les peuples du continent maîtres de leur histoire. Ce n'était pas à nous, les Français, de donner des leçons sur ce point aux Africains, alors que nous avions vécu huit siècles sous le règne de deux familles. J'avais rencontré des « monarques » admirables sur ce continent, comme Félix Houphouët-Boigny. Ce qui me surprenait à Libreville, et dans toute l'Afrique centrale plus généralement, c'était le silence de la France. Il n'y avait qu'une seule explication possible : Omar Bongo payait tout le monde en cash. Nous aussi. Avec ses collègues, les autres vieux monarques de sa région, il était la caisse noire de la Ve République. Que pouvait-on lui reprocher ? Rien. Il aurait fallu instituer une règle dès le début. C'était maintenant trop tard. La « Françafrique » pourrissait de ses compromissions. Les Chinois attendaient de prendre notre place. Ils étaient dix mille environ au Gabon, dans les quartiers, dans les bidonvilles, ils s'intégraient et parlaient un français fleuri, avec l'accent de là-bas. Ils ouvraient des magasins de vêtements, des restaurants aux prix imbattables. « Si on veut se faire plaisir, me racontait un copain journaliste gabonais, on va manger chez eux. On commence à aimer les nems ! » L'Afrique n'était pas le seul continent qui ouvrait ses bras à la Chine. L'Asie du Sud-Est et le Pacifique s'offraient eux aussi. Je quittais le Gabon et m'embarquais pour Bangkok. Pour un dernier petit saut de 30 000 km par-dessus la terre.
(1) Il y a six commandements militaires français en Afrique : l'un à Libreville (Afrique centrale), un autre à Djibouti (Corne de l'Afrique), un à Dakar (Afrique de l'Ouest), un à la Réunion (océan Indien) et le dernier à N'Djamena. (2) Le supplice du pneu consiste à passer un pneu autour des bras de la victime, à l'arroser d'essence et à mettre le feu.
Publié par okouetch à 09:57:41 dans Pour un Gabon meilleur! | Commentaires (0) | Permaliens
Sarkozy en Afrique : pendant la "rupture" politique, la françafrique continue
Par le comité culturel pour la démocratie au Bénin (CCDB)
Avant son arrivée au pouvoir et dans un discours à Cotonou le 19 mai 2006, Nicolas Sarkozy déclarait : « Je crois indispensable de faire évoluer, au-delà des mots, notre relation. L'immense majorité des africains n'ont pas connu la période coloniale. 50% des africains ont moins de 17 ans. Comment peut-on imaginer continuer avec les mêmes réflexes ?...Il nous faut construire une relation nouvelle, assainie, décomplexée, équilibrée, débarrassée des scories du passé et des obsolescences qui perdurent de part et d'autres de la Méditerranée...Il nous faut la débarrasser des réseaux d'un autre temps, des émissaires officieux qui n'ont d'autre mandat que celui qu'ils s'inventent...Il faut définitivement tourner la page des complaisances, des secrets et des ambiguïtés. Il nous faut aussi ne pas nous contenter de la seule personnalisation de nos relations. Les relations entre des Etats modernes ne doivent pas dépendre de la qualité des relations personnelles entre les chefs d'Etat, mais d'un dialogue franc et objectif, d'une confrontation des intérêts respectifs, du respect des engagements pris. »
Tel semblait être la plate-forme programmatique de la politique envisagée par Sarkozy vis-à-vis de l'Afrique ; une politique qui occulte totalement la domination néo-coloniale depuis les indépendances formelles africaines, et pour cause.
La France est une puissance moyenne qui a besoin de son influence en Afrique pour exister sur le plan diplomatique. Un paquet de 10 voix assurées à l'ONU, ce n'est pas rien face à d'autres puissances.
Le commerce entre la France et l'Afrique dégage un solde positif de 5 milliards d'Euros en faveur de la France alors qu'avec la Chine par exemple, il est déficitaire de 10 milliards. Beaucoup de sociétés françaises sont présentes en Afrique, comme TOTAL ; celle de Bolloré ami de Sarkozy qui y réalise 20% de ses bénéfices ; le Groupe de Martin Bouygues, un autre ami de Sarkozy fortement impliqué dans le BTP et la communication ; Castel, le groupe de Bordeaux qui brasse presque toutes les bières d'Afrique de l'Ouest ; Air France qui s'est maintenue à flot à un moment où ses concurrents étaient en difficulté grâce à sa présence en Afrique. La France dont la Banque Centrale n'est plus qu'une succursale de la Banque Centrale Européenne depuis l'Euro, continue de contrôler à travers un service de son Trésor la politique monétaire de presque toutes ses anciennes colonies à travers le Franc CFA ; à cela viennent s'ajouter les banques françaises et d'autres sociétés minières et de services qui font les beaux jours de l'industrie française.
Par ailleurs en continuant à étouffer les langues nationales africaines par l'imposition dans ses anciennes colonies du français comme langue officielle, d'instruction et de travail, la France tente de sauvegarder son influence culturelle en perte de vitesse.
A un moment où la concurrence entre pays impérialistes fait rage comme en témoignent les derniers accords économiques entre la Libye et la France et la réaction et les réserves des Allemands, ce sont là des positions protégées à ne pas négliger.
Il apparaît que si la France de Foccart fait honte à Nicolas Sarkozy, il ne néglige rien pour poursuivre le renforcement des bases du néo-colonialisme français.
On sait comment Yayi Boni a été soutenu pour son arrivée au pouvoir par certains amis de Sarkozy dont Bolloré ; on voit déjà dans le cadre des privatisations qu'il a annoncées avant son dernier déplacement à Paris, que ce dernier entend les remercier en leur cédant certaines de nos sociétés d'Etat.
Pour protéger tous ces intérêts et les chefs d'Etat africains à son service, la France a pré- positionné au Gabon, au Sénégal, à Djibouti, en Centrafrique et au Tchad, des troupes militaires qui veillent au grain. Ce sont là des pratiques impérialistes qui se poursuivent depuis le 19ème siècle. Bien sûr ce n'est plus le colonialisme, puisque celui-ci est historiquement dépassé. Quand Sarkozy dit que les « dictatures, les guerres, la corruption » ce n'est pas le colonialisme, c'est vrai, mais c'est toujours l'impérialisme dans sa forme moderne qui s'appelle le néo-colonialisme ; c'est comme cela que la France est intervenue pour sauver la dictature de Mobutu en 1978 et l'a toujours soutenue jusqu'à la fin ; idem pour Eyadema, idem pour Bongo aujourd'hui. Quand la France intervient au Rwanda aux côtés des génocidaires, c'est pareil. Sarkozy a-t-il oublié toutes les guerres dans lesquelles la France est impliquée en Afrique ?
Publié par okouetch à 17:05:52 dans Pour un Gabon meilleur! | Commentaires (0) | Permaliens
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